VIA - Le billet: Rien oublié?
Quand je dois aller au théâtre, au bureau ou en vacan- ces, je referme toujours la porte de chez moi avec le même pressentiment: qu'est-ce que j'ai oublié? En route, ma tête travaille - à la manière d'un virus informatique - à la recherche du passeport, du billet, du porte-monnaie ou de l'abonnement demi-tarif. Mes mains et mes yeux ne me tranquillisent pas, même si je trouve tout. Le pressentiment grossit. Peut-être ai-je oublié quelque chose de plus important encore. Mon natel. Où est-il? Est-ce qu'il est dans ma poche ou bien encore pendu au câble du chargeur à la salle de bains, à la seule prise libre?
Normalement je le porte dans la poche de ma veste ou de mon pantalon, en tout cas le plus près possible de mon corps. Comme ça il me fait trembler ou vibrer, le cœur ou le derrière, suivant qui appelle. Il est bien là. Je l'avais mis la veille dans mon sac à dos, quand j'ai préparé le voyage, pour être sûr de ne rien oublier, c'est ça que j'avais oublié. Mais le chargeur d'accu, il y est? Et celui du laptop, du rasoir et de la nouvelle brosse à dents électrique? Et les fiches adaptées, selon le pays, le canton?
Je ne peux quand même pas partir en étant si in- quiet! Cela m'est déjà arrivé souvent, je vous assure. Par exemple quand je suis aller nager et que j'ai dû constater que mon caleçon de bain était toujours à la salle de bains, bien caché derrière le rideau de douche. Ou bien la base du téléphone sonne et je ne trouve pas le récepteur; il est dans le frigo, à l'intérieur de la porte, dans le casier à œufs. La brique de lait est dans l'étagère, à côté du dictionnaire.
L'agenda, dio mio, mon agenda! J'ai appris à tout apprendre par cœur: la plupart du temps je n'écris qu'après coup ce que j'ai fait et où, pour ne pas l'ou- blier. La lumière n'est quand même pas restée allu- mée? J'ai l'habitude de retourner trois fois à l'apparte- ment pour tout vérifier.
Des porte-monnaies, j'en ai deux, un pour les euros un pour les francs. Et j'en oublie toujours un - et tou- jours celui dont j'ai besoin. Mais qu'est-ce que j'ai ou- blié cette fois? T'occupe! Ce qui est oublié est oublié. Et une fois de retour à la maison, je me demande com- ment a été ma journée. Inoubliable !


