VIA - Le billet: La valise et son maître
La valise en dit long sur son propriétaire, comme le chien sur son maître. En train ou à l'aéroport, je suis toujours ravi de les observer. Il y a des valises qui n'obéissent pas et qui s'arrêtent dans tous les coins. Nous les poussons, nous les glissons, les portons et les conduisons de toutes les manières. Nous leur parlons et les maudissons. Nous n'arrêtons pas de les esquinter et parfois même il nous arrive d'y poser nos fesses, surtout à l'annonce d'un retard dans une gare bondée.
A mon avis, leur entêtement est leur vengeance secrète, car avec elles nous sommes sans égards. Nous les bourrons sans pitié. Nous les gavons jusqu'aux oreilles et adieu la ligne. Pauvres valises!
Nous emportons tout et plus encore, à l'aller ça va encore, mais au retour! Oui, la valise voit bien du pays. Dedans, il y a nos slips et nos chaussettes, des T-shirts trempés de sueur et j'en passe. Les souliers ne savent plus où est leur gauche et leur droite. Et tous nos habits sont exposés à la haine du beauty-case. Il est sans merci, et dangereux avec ça: cutter, ciseaux, lames de rasoir sont de la partie. Il a aussi des armes déloyales: crème de jour, shampooing, lait solaire. Un soulier appuie un peu trop et splash - comme une seiche en péril - il y a tout le contenu qui gicle. Pour le malheur de tous!
Les hommes peuvent réserver, mais la valise a toujours moins de place dans les trains d'aujourd'hui. Je pense que ceux qui les ont conçus ne trimballaient jamais plus qu'un note-book. Cordialement bienvenue, la valise ne l'est jamais, ni en train ni en avion. Nous sommes un fardeau pour elles, pourtant elles marchent droit.
Mais il y a une sorte de bagage qui est particulièrement venimeux, et moi non plus je ne l'aime pas: le sac à dos. C'est quand il est sur le dos d'un Australien qu'il est le plus dangereux. Son propriétaire avance
fièrement à la recherche d'une place, non pour luimême, mais pour lui, le sac à dos. C'est lui qui est le maître, qui regarde tout d'en haut comme sur le dos d'un éléphant.
Malheur si on ne fait pas attention à lui! Sa gourde en alu est toujours prête à frapper au visage le pendulaire assoupi assis dans le couloir. Le sac à dos voit tout et il est sans pitié.
Porca miseria!


